Technique

Pirater une borne : le point honnête sur la cybersécurité de la recharge

Guide LODMI · mis à jour le

L'essentiel

Le sujet est réel sans être alarmant : une borne connectée est un objet en réseau, et les chercheurs ont documenté des faiblesses sur certains modèles, applis trop bavardes, badges clonables, interfaces mal protégées. Le risque résidentiel concret reste modeste, vol de recharge ou nuisance plus que danger électrique, les protections matérielles restant hors d'atteinte du logiciel. L'enjeu sérieux se situe sur les parcs et le réseau public, où la sécurité s'organise par les protocoles chiffrés, la supervision et les mises à jour. Les bons réflexes tiennent en trois lignes : marque sérieuse, firmware à jour, mot de passe changé.

De quoi parle-t-on : la surface d'attaque

Une borne moderne expose plusieurs portes : son lien Wi-Fi ou 4G, son appli et le cloud du fabricant, son lecteur de badge RFID, parfois une interface locale de configuration, et son dialogue OCPP avec la supervision. Les travaux de chercheurs ont montré, selon les modèles, des badges clonables, des interfaces accessibles avec les mots de passe d'usine, des applis exposant plus que nécessaire.

La mise en perspective compte : ce que ces faiblesses permettent surtout, c'est de charger aux frais d'autrui, de perturber une session ou de collecter des données d'usage. Les protections des personnes, différentiels, disjoncteurs, verrouillages, sont matérielles : aucun logiciel ne les contourne, et le scénario du film catastrophe reste dans les films.

À la maison : un risque modeste, des réflexes simples

  • Changer les mots de passe d'usine de la borne et de son interface : la faille la plus documentée est aussi la plus simple à fermer.
  • Tenir le firmware à jour : les correctifs colmatent ce que les chercheurs publient.
  • Placer la borne sur le réseau invité de la box plutôt qu'avec vos ordinateurs : un cloisonnement gratuit.
  • Activer l'authentification par badge ou appli si la borne est accessible de l'extérieur, le vol de recharge étant le risque numéro un.
  • Choisir une marque qui publie des mises à jour régulières : la sécurité s'achète surtout au moment du choix du matériel.

Parcs, entreprises, réseau public : là où ça se professionnalise

À l'échelle d'un parc ou d'un réseau ouvert au public, l'enjeu change de nature : paiements, données de milliers d'utilisateurs, disponibilité d'un service, et à l'horizon la stabilité du réseau électrique quand la recharge pilotée pèsera lourd. La réponse s'organise en couches : dialogue OCPP chiffré et authentifié dans ses versions récentes, cloisonnement réseau des bornes, supervision qui détecte les comportements anormaux, et processus de mise à jour de flotte orchestrés par l'exploitant.

Le cadre réglementaire suit le mouvement : les exigences européennes de cybersécurité des équipements connectés s'appliquent progressivement aux matériels de recharge, et les cahiers des charges publics intègrent désormais des clauses de sécurité explicites. Le critère se glisse dans tout appel d'offres sérieux, au même rang que la disponibilité.

Ce que ça change à l'achat et à l'exploitation

Pour le particulier, la traduction est un critère de choix de plus : une marque établie, des mises à jour régulières et documentées, une appli au sérieux reconnu. C'est un des filtres, discrets mais réels, que nous appliquons aux matériels que nous installons, nos pages par marque reflétant cette sélection.

Pour l'entreprise et la collectivité, la traduction est contractuelle : exiger les versions sécurisées des protocoles, les engagements de correctifs dans la durée, le cloisonnement réseau à la pose et la traçabilité des accès dans le contrat d'exploitation. La cybersécurité d'un parc n'est pas un produit qu'on achète une fois, c'est une hygiène que l'exploitant entretient : elle fait partie du métier de CPO, au même titre que la maintenance des connecteurs.

Questions fréquentes

Une borne piratée peut-elle être dangereuse électriquement ?

Non : les protections des personnes, différentiels, disjoncteurs, verrouillages, sont matérielles et hors d'atteinte du logiciel. Les risques documentés relèvent du vol de recharge, de la perturbation de sessions et de la collecte de données, pas du danger électrique.

Quels sont les gestes de sécurité pour une borne à domicile ?

Changer les mots de passe d'usine, tenir le firmware à jour, isoler la borne sur le réseau invité de la box, et activer l'authentification par badge si elle est accessible de l'extérieur. Quatre gestes, une fois, qui ferment l'essentiel des portes documentées.

Le protocole OCPP est-il sécurisé ?

Ses versions récentes intègrent chiffrement et authentification forte ; encore faut-il qu'elles soient déployées, le parc historique communiquant parfois en clair. C'est un point de contrat avec l'exploitant, et une raison de plus de maintenir bornes et supervisions à jour.

Les bornes publiques sont-elles plus exposées que les privées ?

Elles concentrent plus d'enjeux, paiements, données, disponibilité d'un service, et attirent donc plus d'attention, mais leur sécurité est aussi plus professionnalisée : supervision, chiffrement, mises à jour orchestrées. Le maillon faible statistique reste la borne connectée jamais maintenue, où qu'elle soit.

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